Consolidation maladie professionnelle : étapes et conséquences sur vos droits

La reconnaissance d’une maladie professionnelle constitue une étape déterminante dans le parcours d’un salarié dont la santé s’est détériorée en raison de son activité. Mais cette reconnaissance n’est qu’un commencement : la consolidation représente le moment pivot où votre état de santé se stabilise, ouvrant la voie à une évaluation précise des séquelles et à une indemnisation définitive. Cette phase administrative et médicale conditionne directement vos droits futurs, qu’il s’agisse d’une compensation financière, d’un aménagement de poste ou d’une protection renforcée dans l’emploi. Comprendre ce processus complexe vous permet d’anticiper les démarches, de protéger vos intérêts et de faire valoir l’ensemble des prérogatives auxquelles vous pouvez prétendre.

Définition juridique de la consolidation en matière de maladie professionnelle

La consolidation d’une maladie professionnelle marque une rupture essentielle dans le suivi médical et administratif de votre dossier. Ce moment juridiquement défini correspond à l’instant où vos lésions cessent d’évoluer de manière significative, même si des séquelles persistent. Contrairement à une idée répandue, la consolidation ne signifie pas nécessairement que vous avez retrouvé votre état de santé initial, mais que la situation médicale atteint un palier stable, permettant une évaluation objective des dommages résiduels.

État médical stable selon l’article L461-1 du code de la sécurité sociale

L’article L461-1 du Code de la Sécurité sociale établit le cadre juridique de la prise en charge des maladies professionnelles et, implicitement, définit les contours de la consolidation. Cet état médical stable correspond au moment où les traitements curatifs n’apportent plus d’amélioration mesurable à votre condition. Vous pouvez toutefois continuer à recevoir des soins de maintien destinés à prévenir une aggravation, sans que cela remette en cause le caractère consolidé de votre pathologie. Cette stabilisation fait l’objet d’une appréciation médicale rigoureuse, fondée sur des examens cliniques, des bilans biologiques ou des imageries qui objectivent l’absence d’évolution favorable malgré la poursuite des traitements.

Différence entre consolidation et guérison complète

La distinction entre guérison et consolidation revêt une importance capitale pour vos droits. La guérison implique un retour complet à votre état de santé antérieur, sans aucune séquelle ni limitation fonctionnelle. Dans ce cas, vous ne bénéficiez d’aucune indemnisation complémentaire au-delà des indemnités journalières perçues pendant l’arrêt de travail. À l’inverse, la consolidation avec séquelles ouvre droit à une évaluation de votre incapacité permanente partielle et à une compensation financière proportionnée. Cette différence fondamentale explique pourquoi la qualification retenue par le médecin-conseil influence directement le montant de votre indemnisation finale.

Rôle du médecin-conseil de la CPAM dans la détermination de la date

Le médecin-conseil de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie joue un rôle central dans la fixation de la date de consolidation. Après réception du certificat médical final établi par votre médecin traitant, il procède à un examen contradictoire pour vérifier la stabilisation de votre état. Son évaluation s’appu

uit sur votre dossier médical complet et, le cas échéant, sur un examen clinique. En cas de divergence entre l’appréciation de votre médecin traitant et celle du service médical, c’est la position du médecin-conseil qui s’impose à la CPAM, sous réserve des recours que vous pouvez exercer. Cette date de consolidation est d’autant plus stratégique qu’elle met fin à vos indemnités journalières de maladie professionnelle et déclenche l’examen de votre éventuelle incapacité permanente.

Délais moyens de consolidation selon les pathologies (TMS, troubles respiratoires, amiante)

La durée qui précède la consolidation varie fortement en fonction de la maladie professionnelle reconnue. Pour les troubles musculo-squelettiques (TMS) liés aux gestes répétitifs ou aux postures contraignantes, la consolidation intervient souvent après plusieurs mois de rééducation, lorsque les progrès stagnent malgré les traitements. Les troubles respiratoires liés à l’inhalation de poussières ou de produits chimiques peuvent, eux, nécessiter un suivi prolongé, parfois supérieur à un an, avant de considérer que la fonction pulmonaire est stabilisée.

Les pathologies liées à l’amiante (asbestose, mésothéliome, plaques pleurales) obéissent encore à une autre logique : la maladie évolue souvent lentement et de manière irréversible. Dans ces cas, la consolidation peut être fixée relativement tôt, non parce que la situation s’améliore, mais parce qu’elle est stabilisée « dans la gravité » et ne bénéficiera plus de soins curatifs au sens strict. Il n’existe donc pas de délai standard de consolidation en maladie professionnelle : chaque dossier est apprécié individuellement, en tenant compte de l’évolution clinique, des traitements disponibles et du pronostic fonctionnel.

Procédure administrative de déclaration de consolidation

Une fois votre état de santé jugé stable, la consolidation de la maladie professionnelle n’est pas automatique : elle résulte d’une série d’actes médicaux et administratifs. Vous êtes au cœur de ce processus, mais plusieurs intervenants se partagent les rôles : médecin traitant, médecin-conseil, CPAM et, le cas échéant, juridictions de recours. Comprendre ces étapes vous aide à anticiper les conséquences sur vos indemnités et à réagir en cas de désaccord.

Certificat médical final établi par le médecin traitant

La première étape est la rédaction d’un certificat médical final par votre médecin traitant. Ce document, parfois appelé certificat de guérison ou de consolidation, précise la date à laquelle votre état est considéré comme stabilisé et décrit de façon détaillée les séquelles persistantes : douleurs, limitations de mouvements, gêne respiratoire, troubles sensoriels, retentissement sur les gestes du quotidien. Plus cette description est précise, plus l’évaluation de votre incapacité permanente sera fidèle à la réalité.

Le certificat médical final est transmis en plusieurs volets : deux sont adressés à la CPAM, un vous revient, et un autre peut être transmis à votre employeur pour organiser la reprise du travail. C’est ce certificat qui déclenche, côté caisse, l’étude de la consolidation et, ultérieurement, la fixation d’un taux d’incapacité permanente partielle (IPP). Si vous estimez que votre médecin minimise vos difficultés, n’hésitez pas à lui en parler : ce document est la « photographie » de vos séquelles au jour de la consolidation.

Examen contradictoire devant le médecin-conseil de la caisse

Sur la base de ce certificat, le service médical de la CPAM peut vous convoquer pour un examen contradictoire. Concrètement, vous êtes reçu par un médecin-conseil qui reprend l’historique de votre maladie professionnelle, examine vos pièces médicales et réalise un examen clinique. C’est lors de cet entretien que vous pouvez expliquer, avec vos mots, les difficultés que vous rencontrez au travail et dans la vie courante : porter des charges, rester debout, monter des escaliers, respirer à l’effort, etc.

Le terme « contradictoire » signifie que vous avez la possibilité de faire valoir vos observations, de fournir des examens complémentaires récents et, si vous le souhaitez, de vous faire assister par votre médecin traitant ou un médecin de confiance. Le médecin-conseil apprécie alors si la date de consolidation proposée par votre médecin traitant est cohérente avec l’évolution de la maladie professionnelle. Il peut la confirmer, la repousser ou, au contraire, la fixer à une date antérieure, en motivant sa décision dans le dossier.

Notification officielle par la CPAM avec accusé de réception

Une fois la décision arrêtée, la CPAM vous adresse une notification officielle de consolidation. Ce courrier précise la date retenue, la fin de vos indemnités journalières à compter de cette date et, le cas échéant, l’ouverture d’un droit à incapacité permanente. Il est en principe envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception ou par courrier simple mentionnant clairement les voies et délais de recours.

Cette notification marque un tournant : à compter de la date de consolidation, vos arrêts de travail ne sont plus indemnisés au titre de la maladie professionnelle, sauf si une rechute est ultérieurement reconnue. Vous pouvez toutefois continuer à bénéficier de soins en lien avec la maladie, mais dans le cadre de protocoles de soins post-consolidation soumis à l’accord du médecin-conseil. Il est donc essentiel de conserver ce courrier, qui servira de référence pour toute contestation ultérieure ou pour activer d’éventuelles garanties de prévoyance.

Recours amiable et contentieux devant le tribunal de contentieux de l’incapacité

Que faire si vous jugez la consolidation prématurée ou contestable ? Vous disposez d’abord d’un recours amiable devant la Commission Médicale de Recours Amiable (CMRA) de votre CPAM. Vous devez adresser, dans un délai de deux mois à compter de la notification, une lettre recommandée avec accusé de réception exposant les raisons de votre désaccord et en joignant tous les éléments médicaux utiles (comptes rendus récents, examens, certificats de spécialistes). La CMRA réexamine alors le bien-fondé de la consolidation sur pièces, voire après une nouvelle expertise médicale.

Si la décision de la CMRA ne vous satisfait pas, vous pouvez saisir le pôle social du Tribunal judiciaire, qui a repris les missions de l’ancien Tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI). Le juge, assisté d’experts médicaux, peut alors confirmer, modifier ou annuler la date de consolidation retenue par la CPAM. Cette voie contentieuse est plus longue et plus technique, mais elle permet de faire valoir vos droits lorsque l’enjeu (fin des IJSS, reconnaissance de séquelles importantes) est significatif.

Attribution du taux d’incapacité permanente partielle (IPP)

Après la consolidation, la question centrale devient celle de l’incapacité permanente partielle. Ce taux d’IPP reflète la gravité des séquelles laissées par votre maladie professionnelle et leur retentissement sur votre capacité de travail. C’est lui qui sert de base au calcul de votre indemnisation définitive, sous forme de capital ou de rente. L’évaluation est encadrée par le Code de la Sécurité sociale et des barèmes spécifiques aux maladies professionnelles.

Barème indicatif d’invalidité des maladies professionnelles du régime général

Pour apprécier votre taux d’incapacité, le médecin-conseil s’appuie sur le barème indicatif d’invalidité applicable aux accidents du travail et maladies professionnelles, annexé au Code de la Sécurité sociale. Ce barème fixe, pour chaque type d’atteinte (rachis, membres supérieurs, atteintes respiratoires, troubles auditifs, etc.), des fourchettes de taux en fonction de la perte fonctionnelle et de l’atteinte à la vie quotidienne. Il s’agit d’un outil de référence destiné à harmoniser les pratiques entre les différentes caisses.

Cependant, ce barème reste indicatif : le médecin-conseil conserve une marge d’appréciation pour tenir compte de votre situation concrète. Ainsi, deux personnes présentant une même lésion peuvent se voir attribuer des taux différents si l’une exerce un métier manuel exigeant une pleine capacité physique, tandis que l’autre occupe un poste administratif principalement sédentaire. C’est pourquoi il est important de décrire avec précision vos tâches habituelles et les difficultés que vous rencontrez désormais.

Évaluation des séquelles fonctionnelles et impact sur la capacité de travail

L’évaluation de l’IPP ne se limite pas à une simple lecture de votre dossier médical. Le médecin-conseil analyse vos séquelles fonctionnelles : amplitude des mouvements, force musculaire, capacité respiratoire, endurance, douleurs chroniques, mais aussi troubles psychiques éventuels (anxiété, état dépressif lié à la maladie professionnelle). Il apprécie ensuite leur impact sur votre capacité à tenir votre poste ou un emploi équivalent.

On peut comparer cette démarche à un « bilan de compétences physiques » : il ne s’agit pas seulement de constater une lésion, mais de mesurer ce qu’elle change dans votre vie professionnelle. Un TMS de l’épaule, par exemple, n’aura pas le même retentissement pour un cariste manipulant des charges lourdes que pour un téléconseiller travaillant principalement au téléphone. C’est cette combinaison entre déficit fonctionnel et retentissement professionnel qui structure le taux d’IPP retenu.

Calcul du taux IPP : distinctions entre incapacité inférieure et supérieure à 10%

Une fois l’évaluation médicale réalisée, un taux global d’IPP est fixé. En pratique, le Code de la Sécurité sociale opère une distinction majeure entre les taux inférieurs à 10 % et ceux égaux ou supérieurs à 10 %. En dessous de 10 %, l’incapacité est indemnisée par un capital forfaitaire versé en une seule fois. À partir de 10 %, vous bénéficiez d’une rente viagère d’incapacité permanente, versée en principe chaque mois ou chaque trimestre selon le montant.

Le taux peut être « ajusté » par la caisse au moyen d’un coefficient professionnel lorsque vos séquelles ont un impact important sur votre carrière et vos revenus (par exemple en cas de licenciement pour inaptitude d’origine professionnelle). Ce coefficient vient majorer le taux médical pour tenir compte de la perte de capacité de gain. Il constitue donc un enjeu important, en particulier lorsque le taux médical se situe à la frontière du seuil des 10 %.

Contestation du taux devant la commission médicale de recours amiable

Si le taux d’IPP retenu vous paraît trop faible au regard de vos douleurs ou de vos limitations, vous pouvez le contester. La première étape, comme pour la date de consolidation, consiste à saisir la Commission Médicale de Recours Amiable (CMRA) dans un délai de deux mois à compter de la notification. Votre recours doit être argumenté et accompagné d’éléments objectifs : nouveaux examens, attestations médicales, description de vos contraintes professionnelles, éventuelle inaptitude prononcée par la médecine du travail.

En cas de rejet de votre recours ou de silence de la CMRA pendant quatre mois, vous avez la possibilité de saisir le pôle social du Tribunal judiciaire. Le juge peut alors ordonner une expertise médicale indépendante, qui viendra confronter l’analyse du médecin-conseil à celle d’un expert extérieur. Cette procédure peut aboutir à une révision à la hausse du taux d’IPP, avec des conséquences directes sur le montant de votre capital ou de votre rente.

Indemnisation financière post-consolidation selon le taux IPP

La consolidation de votre maladie professionnelle marque la bascule entre indemnisation temporaire (indemnités journalières) et indemnisation définitive des séquelles. Selon le taux d’IPP retenu, vous percevrez soit un capital unique, soit une rente viagère. Cette indemnisation vise à compenser la perte de vos capacités physiques ou psychiques et, indirectement, l’impact sur votre parcours professionnel.

Capital forfaitaire pour IPP inférieure à 10% : montant et modalités

Lorsque votre taux d’incapacité permanente est inférieur à 10 %, la CPAM vous verse une indemnité en capital. Son montant est fixé par un barème national actualisé régulièrement par décret et dépend directement du taux retenu : plus celui-ci se rapproche de 10 %, plus le montant est élevé. Ce capital vous est versé en une fois, en général dans les semaines qui suivent la notification définitive de la décision.

Ce mode d’indemnisation s’adresse aux séquelles considérées comme « légères » au regard du barème, même si, dans la réalité, elles peuvent avoir un retentissement non négligeable sur votre vie quotidienne. Vous conservez cependant la possibilité de demander ultérieurement une révision du taux en cas d’aggravation médicalement constatée de votre état, ce qui peut conduire à une nouvelle indemnisation, voire à l’ouverture d’un droit à rente si le taux atteint ou dépasse 10 %.

Rente viagère pour IPP égale ou supérieure à 10% : calcul selon le salaire de référence

À partir d’un taux d’IPP égal ou supérieur à 10 %, l’indemnisation prend la forme d’une rente viagère. Celle-ci est calculée sur la base de votre salaire annuel de référence, déterminé selon les règles du Code de la Sécurité sociale (généralement la moyenne des salaires perçus au cours des douze derniers mois précédant la maladie). La rente correspond à ce salaire multiplié par un coefficient tenant compte du taux d’IPP.

Plus le taux est élevé, plus la part du salaire prise en compte est importante. La rente est versée périodiquement, chaque mois ou chaque trimestre, et se cumule avec d’autres revenus (activité professionnelle, retraite) dans certaines limites. Elle peut également être majorée en cas de faute inexcusable de l’employeur ou ajustée à la hausse en cas de révision du taux d’IPP pour aggravation. Fiscalement, la rente d’incapacité permanente liée à une maladie professionnelle bénéficie d’un régime favorable, distinct de celui des salaires, ce qui limite son impact sur votre imposition globale.

Majoration pour tierce personne en cas d’IPP supérieure à 80%

Dans les situations les plus graves, lorsque votre taux d’IPP atteint ou dépasse 80 % et que vous avez besoin de l’aide régulière d’un tiers pour accomplir les actes essentiels de la vie quotidienne (se laver, s’habiller, se nourrir, se déplacer), vous pouvez bénéficier d’une majoration pour tierce personne. Cette majoration vient s’ajouter à votre rente principale et vise à compenser le coût de l’assistance humaine dont vous avez besoin.

La nécessité d’une tierce personne est appréciée par le médecin-conseil au vu de votre dossier médical et, le cas échéant, d’expertises complémentaires. Elle peut être révisée si votre autonomie s’améliore ou, au contraire, se dégrade. Là encore, il est essentiel de décrire précisément vos difficultés au quotidien : avez-vous besoin d’aide pour vous lever, préparer vos repas, prendre vos traitements ? Plus ces éléments sont documentés, plus l’évaluation de vos besoins sera conforme à la réalité.

Conséquences sur le maintien dans l’emploi et reclassement professionnel

La consolidation d’une maladie professionnelle ne pose pas seulement la question de l’indemnisation financière. Elle soulève aussi un enjeu majeur : votre avenir professionnel. Êtes-vous en mesure de reprendre votre poste ? Faut-il envisager un aménagement de vos conditions de travail, voire un changement de fonction ou de métier ? Le droit du travail encadre précisément ces situations, en confiant un rôle clé à la médecine du travail et en imposant des obligations strictes à l’employeur.

Visite médicale de reprise obligatoire auprès de la médecine du travail

Après un arrêt de travail pour maladie professionnelle d’au moins 30 jours, votre employeur doit organiser une visite de reprise auprès du médecin du travail. Cette visite est obligatoire et doit avoir lieu au plus tard dans les huit jours suivant votre retour dans l’entreprise. Elle a pour objectif d’évaluer votre aptitude à reprendre votre poste, en tenant compte des séquelles liées à la maladie professionnelle et des contraintes de votre travail.

Le médecin du travail peut conclure à une aptitude simple, une aptitude avec réserves ou aménagements, ou une inaptitude à votre poste. Son avis, consigné dans une fiche d’aptitude, s’impose à l’employeur. C’est une étape déterminante, car elle conditionne les obligations de reclassement et, le cas échéant, les procédures de licenciement. Ne pas se présenter à cette visite peut retarder la reprise et compliquer la régularisation de votre situation contractuelle.

Aménagement de poste ou reclassement selon l’avis d’aptitude du médecin du travail

Lorsque le médecin du travail vous déclare apte avec réserves, il peut recommander des mesures d’aménagement de poste : réduction du port de charges, suppression de certains gestes répétitifs, adaptation des horaires, télétravail partiel, aides techniques, etc. L’employeur a alors l’obligation de rechercher des solutions concrètes pour adapter vos conditions de travail à vos nouvelles capacités, dans la mesure du possible et en tenant compte de l’organisation de l’entreprise.

Si le médecin du travail conclut à votre inaptitude au poste occupé, l’employeur doit engager une démarche de reclassement sur un autre emploi compatible avec vos capacités, dans l’entreprise ou, le cas échéant, dans le groupe auquel elle appartient. Ce reclassement doit être sérieux et loyal, ce qui signifie que l’employeur doit explorer réellement les postes disponibles et vous faire des propositions écrites et précises. Ce n’est qu’en cas d’impossibilité avérée de reclassement, ou de refus motivé de vos propositions, qu’un licenciement pour inaptitude peut être envisagé.

Protection contre le licenciement et obligation de reclassement de l’employeur

En cas de maladie professionnelle, la protection du salarié est renforcée. L’employeur ne peut pas rompre votre contrat de travail pendant l’arrêt de travail, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la maladie. Après la consolidation, s’il est envisagé de vous licencier pour inaptitude d’origine professionnelle, l’employeur doit démontrer qu’il a respecté son obligation de reclassement et suivre une procédure spécifique.

Ce cadre protecteur est d’autant plus important que la reconnaissance d’une inaptitude d’origine professionnelle ouvre droit à une indemnité de licenciement majorée et, dans certains cas, à une indemnité compensatrice de préavis même si celui-ci n’est pas exécuté. En cas de non-respect de ces règles, vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes pour contester la rupture de votre contrat et réclamer des dommages et intérêts, en plus des droits liés à votre maladie professionnelle.

Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) auprès de la MDPH

Au-delà des dispositifs spécifiques aux maladies professionnelles, vous pouvez solliciter la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Cette démarche est indépendante de la CPAM et de votre taux d’IPP, mais elle tient compte de l’ensemble de vos limitations fonctionnelles, qu’elles soient d’origine professionnelle ou non.

La RQTH peut vous ouvrir l’accès à des mesures d’accompagnement : aménagement de poste financé, accès prioritaire à certaines formations, aide à la reconversion, soutien des services de l’emploi spécialisés (Cap emploi, par exemple). Elle peut aussi faciliter la mise en place d’un temps partiel thérapeutique ou d’un aménagement durable de votre horaire. En somme, elle constitue un outil complémentaire pour sécuriser votre maintien dans l’emploi ou préparer un projet professionnel adapté à votre nouvel état de santé.

Réparation complémentaire du préjudice et recours juridiques

L’indemnisation versée par la branche accidents du travail – maladies professionnelles (AT/MP) de la Sécurité sociale ne couvre pas toujours l’ensemble de vos préjudices. Elle se concentre principalement sur la perte de capacité de gain et le déficit fonctionnel, mais laisse de côté d’autres aspects de votre dommage : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, troubles dans les conditions d’existence, etc. Dans certaines situations, vous pouvez engager des recours complémentaires pour obtenir une réparation plus complète.

Action en faute inexcusable de l’employeur devant le tribunal judiciaire

Lorsque votre maladie professionnelle résulte d’un manquement grave de votre employeur à son obligation de sécurité, vous pouvez agir en reconnaissance de faute inexcusable. La jurisprudence considère qu’il y a faute inexcusable lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel vous étiez exposé et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour vous en protéger. C’est le cas, par exemple, lorsque les équipements de protection individuelle n’ont pas été fournis ou que les consignes de sécurité n’ont pas été respectées.

L’action en faute inexcusable se forme devant le pôle social du Tribunal judiciaire, souvent avec l’assistance d’un avocat compte tenu de la technicité des débats. Si la faute inexcusable est reconnue, votre rente AT/MP est automatiquement majorée et vous pouvez prétendre à l’indemnisation de plusieurs préjudices personnels non couverts par la réparation forfaitaire de la Sécurité sociale. Ce recours peut donc avoir un impact financier significatif, en particulier pour les maladies graves et invalidantes.

Indemnisation des préjudices personnels non couverts par la rente (pretium doloris, préjudice esthétique)

En cas de faute inexcusable, le juge peut allouer des dommages et intérêts pour différents préjudices personnels : le pretium doloris (souffrances physiques et morales endurées), le préjudice esthétique (cicatrices, déformations, usage d’un appareillage visible), le préjudice d’agrément (impossibilité de pratiquer des loisirs antérieurs), ou encore le préjudice sexuel. Ces postes de préjudice, évalués sur la base d’expertises médicales, viennent s’ajouter à la rente ou au capital que vous percevez déjà.

On peut comparer la réparation de base de la Sécurité sociale à une « ossature » d’indemnisation, à laquelle la reconnaissance d’une faute inexcusable vient ajouter des « étages » supplémentaires pour compenser l’ensemble des atteintes subies. Cette logique permet de mieux prendre en compte la dimension humaine de la maladie professionnelle, au-delà de la seule perte de capacité de travail.

Prescription de l’action en reconnaissance de faute inexcusable : délai de deux ans

Comme toute action en justice, la demande de reconnaissance de faute inexcusable est soumise à un délai de prescription. En principe, vous disposez de deux ans pour agir à compter de l’un des événements suivants : la date de l’accident ou de la première constatation médicale de la maladie professionnelle, la cessation du paiement de vos indemnités journalières, ou la date à laquelle vous avez été informé du caractère professionnel de votre maladie par la CPAM.

Le calcul de ce délai peut être complexe, notamment lorsque la maladie professionnelle a été reconnue tardivement ou après une longue période d’exposition. Pour éviter toute forclusion, il est recommandé de se renseigner dès la reconnaissance de la maladie professionnelle et, le cas échéant, de consulter un professionnel du droit. Agir dans les temps vous permet de préserver la possibilité d’obtenir une réparation intégrale de vos préjudices, complémentaire à l’indemnisation de base prévue par le régime AT/MP.